Ma vie de minou

Pornographie & Internet : Entre fantasmes, violences et apprentissage sexuel 

Il y a quelques mois, j’étais modératrice à un panel de discussion qui portait sur l’éducation sexuelle et la pornographie. Et comme je m’y attendais, il s’est trouvé des participants qui ont accusé internet d’être la cause de la vulgarisation et de la consommation de la pornographie par les adolescents. Personnellement, je ne partage pas ce point de vue. Et je vous explique pourquoi ? Après, on pourra toujours en discuter…

La pornographie m’a trouvée dans mon enfance, sans que je cherche

J’avais peut-être neuf ans, je ne sais plus trop. Je fouinais dans notre chambre d’enfants, à la recherche d’on-ne-sait-quoi. Je ne savais pas spécifiquement ce que je cherchais, mais dans mon cerveau de fillette curieuse, j’espérais tomber sur un truc amusant ou génial. Entre des effets personnels de mon oncle, qui se trouvaient dans un placard, j’ai vu une bande-dessinée. « Les dessins, c’est pour les enfants » – voilà ce que je me suis dite. Mais en feuilletant les pages de la BD, j’ai eu un doute. En lisant, j’ai découvert un mot inhabituel : fellation. Après une recherche dans le dictionnaire, j’avais compris que ce n’était pas un mot pour les enfants. Les dessins et le texte de ce livre, le classaient dans la catégorie porno.

Tout dessin n’est pas destiné aux enfants…

Dans mon quartier, sur le chemin du marché, il y avait un « vidéo club ». Une pièce construite en bois qui servait de salle de cinéma miniature (ou de fortune). Sur le mur extérieur, à droite de l’entrée, était affichée la programmation du jour.  Il y avait du porno et l’affiche était des plus explicites. On ne se souciait pas d’exposer des enfants à un trauma. Et même quand vous n’étiez pas dans la salle, tous les gémissements du film vous trouvaient sur le chemin et vous accompagnaient jusqu’au marché.

Après il y avait les magazines pour adultes qui étaient à presque tous les kiosques à journaux. Sans oublier les tantes et les oncles qui – croyant que la petite Emilie dormait, ou n’écoutait pas, se racontaient leurs ébats et exploits sexuels.

Jusqu’ici, internet n’avait encore rien fait !

J’étais une innocente fillette qui ne connaissait internet, pourtant, j’ai été exposée à la pornographie avant d’avoir 10 ans, avant la puberté, avant mes premières envies sexuelles, avant même de savoir que c’était la pornographie ou que ce n’était pas de mon âge.

Internet et la responsabilité de la sexualité…

C’est vrai, avec internet, tout va très vite et très loin. Cependant, il faut reconnaître qu’au moins, avec internet, il n’y a pas tous les risques que j’ai cité plus haut. Si la BD que j’avais trouvée dans les affaires de mon oncle était en ligne, je n’aurais certainement pas pu y accéder puisque, je n’aurais pas pu déverrouiller l’ordinateur ou le téléphone de mon oncle.

             Du porno, intimiste et discret…

Aujourd’hui, en passant dans ma rue, si quelqu’un regarde du porno dans sa maison ou même dans une baraque de fortune, je n’en saurais rien. Pour preuve, il m’arrive de regarder ou écouter du porno – au bureau ou à la maison, mais personne n’en sait rien. Je suis seule devant mon écran d’ordinateur ou mon téléphone. Pour ma part, internet nous confère une sorte d’intimité, nous sommes seul.es avec notre conscience, nos désirs, nos plaisirs, et notre responsabilité. Adultes, jeunes, adolescent.es ou enfants.

Internet nous offre un champ infini de possibilités. Et même si ce sentiment de puissance peut très vite se retourner contre le consommateur, il est malhonnête – en tout cas pour ma part, d’accuser systématiquement internet, de tous nos maux. Internet est le fruit de ce que nous sommes, nous qui l’avons créé, nous qui l’utilisons, nous qui le négligeons.

Plusieurs adolescent.e.s se tournent vers internet, parce qu’iels ont plus confiance et se sentent plus en sécurité dans un monde virtuel, que dans la réalité. La pornographie, pour beaucoup de jeunes, apparaît comme un exutoire. Une thérapie, un moyen de se sentir exister.

Et si la question était plutôt : POURQUOI LES ADOLESCENT.E.S ET JEUNES FONT PLUS CONFIANCE A INTERNET ET A LA PORNOGRAPHIE ?

Rétablir la confiance adultes-adolescent.e.s-jeunes 

« Quand on ne connaît pas l’ennemi, on s’attaque à celui qui lui ressemble » – entendu dans la série américaine Designated survivor.

     Pour changer un système, il faut l’intégrer

On pense à tort qu’internet est notre ennemi. Qu’internet est responsable du sentiment d’insécurité que nos jeunes gens éprouvent dans nos maisons et foyers. On est persuadé qu’internet veut nous voler notre rôle de parents et d’éducateur. Du coup, internet apparaît comme l’ennemi à abattre ! Mais ce n’est pas internet qui creusé le fossé entre parents-enfants, adultes-adolescent.es. Internet est le vide dont la nature a horreur. Internet est ce vide qui tente de combler l’immense ravin qui sépare les générations.

Toutefois, tout n’est pas perdu ! Par-dessus ce ravin, nous pouvons construire un pont ou plusieurs. Ou alors, comme dans un film d’action, nous pouvons nous jeter dans ce vide à la rencontre de la jeune génération. Cela revient à trouver nos enfants, adolescent.es et jeunes, dans leur univers, l’univers d’internet. Leur présenter d’autres options. Leur inculquer d’autres valeurs. Leur apprendre la responsabilité qui va de pair avec la liberté.

Apprenons à connaître ce nouveau monde et ces nouvelles possibilités qu’offrent internet. Familiarisons-nous avec internet, son système, son fonctionnement. Ainsi, nous pourrons en user pour être plus présent dans la réalité de nos jeunes.

Si aujourd’hui, internet a révolutionné le monde du travail et tous les domaines d’activités et de la vie, internet est capable de redonner du souffle à nos relations avec les plus jeunes. Internet peut être notre allié, pour restaurer la confiance entre parents et enfants. Internet pourrait, valablement, être le ciment de nos foyers. Nous n’avons pas le choix, nous sommes des êtres faits pour s’adapter au monde sinon, il nous échappe.

Lors du panel de discussion dont j’ai parlé plus haut, j’ai fait la connaissance d’un jeune homme. Son rapport avec la pornographie est particulier. Il a dit – devant toute l’assemblée : « adolescent, j’avais très vite compris que j’étais différent des autres garçons de mon entourage. Je n’étais pas attiré par les filles et personne ne m’avait dit que ça pourrait m’arriver. On ne parlait pas de ma sexualité. C’est dans les magazines pornographiques que j’ai découvert qui j’étais. Comment je devais aborder ma sexualité ? Comment m’assumer ? La pornographie a eu pour moi, une fonction d’éducateur. ».

Autre chose qui alimente la peur de la pornographie, c’est la façon dont on fait l’apologie de la violence sexuelle. Mais le pire c’est qu’on comprend aisément qu’un film d’action, d’horreur ou de science-fiction n’est rien d’autre que de la fiction matérialisée pour faire rêver, distraire ou informer. C’est pareil pour la pornographie. Il s’agit d’une fiction, c’est du pur jeu d’acteurs qui donne vie à nos fantasmes en poussant les limites de notre imaginaire. Ce n’est pas tout ce qu’on voit qu’on reproduit. Fantasme d’accord, mais consentement, responsabilité et respect du corps de l’autre d’abord !

Internet, pornographie, éducation sexuelle, on peut en tirer le meilleur pour l’épanouissement de toutes les générations.

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